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Raluca Jochmann (AllianzGI) : « Les actifs privés vont continuer à croître»

Raluca Jochmann (photo) a commencé sa carrière chez Allianz Global Investors en 2010, dans le département Solutions qui développe des solutions sur mesure pour permettre aux clients institutionnels d’atteindre des objectifs spécifiques à long terme. Depuis 2020, elle est responsable du développement de solutions sur les marchés privés, en se reposant sur l’ensemble des ressources à sa disposition chez le gestionnaire allemand. Nous avons eu récemment l’occasion de la rencontrer à l’occasion de son passage à Bruxelles.

Comment investissez-vous sur les marchés privés chez Allianz Global Investors ?

Raluca Jochmann : « Allianz Global Investors  est un gestionnaire d’actifs diversifié qui investit dans toutes les classes d’actifs. Sur les marchés privés, nous gérons un peu plus de 100 milliards d’euros, répartis plus ou moins équitablement entre les projets d’infrastructure (dettes et actions) et les placements privés (actions et dettes). Les premiers investissements ont débuté en 1996, notamment grâce à l’appui d’Allianz Insurance, notre investisseur institutionnel de référence. Nous avons ensuite développé cette plate-forme au fil des années, en proposant cette réflexion globale sur les actifs privés à l’ensemble de nos clients, y compris depuis récemment les investisseurs particuliers »

Quels types de produits proposez-vous à vos clients ?

R.J. : « D’une part, nous proposons des stratégies permettant d’investir directement dans des projets ou des placements privés (actions ou dette) identifiés par nos équipes par l’intermédiaire de fonds fermés. Ils lèvent des fonds sur une période donnée, et investissent ensuite sur une certaine maturité. D’autre part, nous proposons également des fonds qui vont investir indirectement par l’intermédiaire de gestionnaires externes. Enfin, nous proposons également des produits semi-liquides Evergreen accessibles aux investisseurs institutionnels et depuis récemment aux particuliers. Ils permettent de pouvoir investir à intervalles réguliers et ne sont pas conditionnés à une nouvelle levée de fonds sur une période déterminée. Comme cela reste néanmoins des investissements de long terme, nous recommandons de les conserver pendant 10 ans ou plus pour obtenir leur plein potentiel ».

Cela reste un marché essentiellement destiné aux institutionnels ?

R.J. : « Oui, mais avec la règlementation européenne ELTIF (European Long-Term Investment Fund), les fonds Evergreen sont devenus également disponibles pour les particuliers. Notre premier fonds ELTIF éligible aux investisseurs particuliers a été lancé en septembre 2024, et vise une exposition mondiale sur le secteur de l’infrastructure (actions et dettes) ».

Quel est l’intérêt des particuliers pour ces produits ?

R.J. : « La plupart sont très intéressés par cette nouvelle classe de produits, mais nous mettons un grand accent sur l’éducation car nous voulons pas que les distributeurs comprennent les produits qu’ils conseillent à leurs clients. Les particuliers ont besoin d’être informés des avantages de l’investissement sur les marchés privés et de la manière de les intégrer dans leur portefeuille d’actifs liquides. Nous travaillons avec les distributeurs pour les éduquer sur les avantages et les risques de ces produits, car leur achat et leur vente sont plus complexes que pour un fonds commun de placement, avec notamment une liquidité qui est typiquement organisée sur base trimestrielle avec éventuellement des périodes de lock-up ou des limites dans la proportion des encours qui peuvent être rendue aux investisseurs. En outre, les distributeurs doivent également respecter certaines exigences techniques pour pouvoir offrir ces produits. L’intérêt est donc bien réel, mais la mobilisation de fonds importants dans ces produits va prendre du temps ».

Comment se déroule la sélection des actifs qui rentrent dans les fonds ?

R.J. : « C’est la même que ce soit pour les fonds à capital fixe que pour les fonds à capital variable. Dans les investissements directs, nous avons plusieurs équipes spécialisées sur une classes d’actifs privés spécifique, comme par exemple sur les projets d’infrastructure en Europe. Elles vont examiner les projets disponibles sur le marché privé, en passant en revue leurs aspects financiers et en construisant un modèle de valorisation. L’équipe fixe ensuite un prix d’achat si le projet semble intéressant, que le vendeur peut accepter ou pas ».

Comment se répartissent les différents projets entre les différents produits ?

R.J. : « Nous avons à notre disposition un pipeline de transactions, qui vont être ouvertes à l’ensemble de nos clients et de nos stratégies. Nous ne faisons aucune distinction. Lorsqu’un nouveau projet est sélectionné, nous allons appliquer une allocation équitable entre les différents fonds dans lesquels il est éligible ».

Vous avez également des équipes spécialisées dans la sélection de fonds externes ?

R.J. : « Absolument, avec une approche et une mission qui vont être totalement différentes des équipes spécialisées dans l’investissement direct. Cette approche de sélection de fonds externes suit régulièrement tous les appels de fonds disponibles au niveau mondial, et va sélectionner rigoureusement les gestionnaires dans lesquels nos différentes stratégies vont investir sur base des historiques de performance, de la qualité et de la stabilité de l’équipe de gestion, de la stratégie d’investissement et des difficultés éventuellement rencontrées sur certains investissements. Nous connaissons depuis longtemps la plupart de ces gestionnaires externes, mais nous allons pourtant faire une vérification approfondie lors de chaque levée de fonds, même si nous avons été investis dans les versions précédentes du fonds ».  

Quels sont les critères que vous visez lors de la constitution de ces fonds basés sur des gestionnaires externes ?

R.J. : « Il faut qu’ils soient complémentaires et performants, afin d’avoir une bonne diversification sur plusieurs secteurs, régions et gestionnaires. Nous recherchons également des fonds de niche, comme par exemple ceux spécialisés sur l’infrastructure numérique (centre de données, etc) ou sur la transition énergétique, où des gestionnaires expérimentés sont nécessaires pour dégager une performance financière attractive. Au niveau des projets d’infrastructure, avoir un portefeuille investi sur dix fonds fermés également investis sur une dizaine de projets permet d’avoir une diversification importante du portefeuille sur une centaine de projets, ce qui limite le risque sur un projet individuel ».   

Comment voyez-vous l’évolution du marché des actifs privés au cours des prochaines années ?

R.J. : « Les levées de fonds ont diminué ces deux dernières années en raison de la forte hausse des taux d’intérêt, mais nous restons convaincus que le marché va continuer à croître sur le long terme et fournira des opportunité attractives aux investisseurs. Les entreprises ont tendance à rester privées beaucoup plus longtemps, avec des introductions en bourse qui ont diminué. Ces derniers mois, nous avons d’ailleurs constaté une nette reprise dans le nombre de transactions, depuis les niveaux très déprimés atteint durant les deux précédents exercices ».

Frédéric Lejoint

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